Vu : La forêt d'émeraude (John Boorman)

Cela faisait bien longtemps que j'avais vu ce film - pour tout dire, à une lointaine époque où je ne m'intéressais guère aux questions d'ethnologie. Aussi ai-je saisi l'occasion de sa rediffusion télévisée ce soir pour y jeter un œil curieux.

Je ne discuterai pas des mérites du film sur le plan cinématographique, domaine où comme tout un chacun, j'ai bien un petit avis, mais aucune compétence particulière. En revanche, sur le fond, mes espoirs de regarder une bonne fiction à contenu ethnologique ont été rapidement douchés. La forêt d'émeraude est une fable, non seulement écologiste (on ne lui en aurait pas voulu) mais primitiviste (ce qui passe déjà beaucoup moins bien). L'opposition qui structure l'intrigue, entre le monde des Blancs et celui des Indiens, est d'un manichéisme assumé. Les Blancs portent la destruction, la violence et la prostitution, les Indiens l'amour, le bonheur, la liberté et le respect de l'environnement. Même s'il existe la tribu dite des Féroces, cannibale et globalement fort antipathique, on apprend en cours de route que sa méchanceté est largement une conséquence de l'avancée des Blancs, et l'on se plaît à imaginer qu'avant leur arrivée, les guerres qui l'opposaient aux sympathiques Invisibles (les héros du film) étaient bénignes. Sans même parler des quelques scènes qui font la part belle aux prétendues facultés surnaturelles conférées par le stupéfiant local, l'incrustation finale résume le propos : les Indiens, en voie de disparition, « savent encore ce que nous avons oublié ». Le fait que « nous » ayons entre-temps appris pas mal de choses qu'ils ignorent est manifestement sans intérêt.

Quant à la qualité de l'information ethnologique livrée par le film, elle est de la même eau de pluie. On comprend certes que le chef n'en est pas vraiment un, et qu'il ne peut obliger personne à suivre ses injonctions - ce dont il n'a d'ailleurs nulle envie. Mais hormis cela, on apprend bien peu de choses, et on est souvent franchement induit en erreur. Les Indiens sont beaux - les Indiennes splendides. Pas une dent manquante aux mâchoires et une peau de velours. Les mariages sont d'amour et conclus presque aussitôt que les intéressés ont déclaré leur flamme - la seule coutume notable, un peu étonnante dans un contexte aussi respectueux des sentiments individuels, est celle qui oblige le marié à assommer sa future d'un coup de gourdin pour l'emmener chez lui et célébrer ainsi l'union. Mais cela participe de l'idée générale : même quand ces sauvages ont l'air un peu rudes, ils sont en réalité on ne peut plus aimables. Le contraire des Blancs, quoi. Tout cela sert beaucoup plus la (pesante) démonstration du scénario que la vérité ethnographique.

Bref, on peut regarder La forêt d'émeraude pour tout un tas de raisons, mais certainement pas pour y apprendre quoi que ce soit de sérieux sur les peuples qu'elle prétend décrire.

Qui a dit : « Ken et Barbie en Amazonie » ?

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