lundi 3 novembre 2014

Le sexe du cerveau... et celui des rôles sociaux

Depuis quelques temps, un début de polémique semble se dessiner au sujet de l'éventuel « sexe du cerveau », c'est-à-dire de l'existence, indépendamment de l'apprentissage différencié que la société impose aux hommes et aux femmes, d'aptitudes intellectuelles statistiquement différentes selon le sexe des individus.

L'auteure la plus célèbre sur ce sujet est Catherine Vidal, qui a publié depuis des années quantités de textes et s'est imposée comme une référence – moins, manifestement, dans le domaine strictement scientifique qu'auprès du grand public, ou dans différentes instances plus politiques. Or, ses positions ont été récemment attaquées à plusieurs reprises, en particulier par Nicolas Gauvrit et Franck Ramus, deux spécialistes de la cognition. Pour faire court : ces deux chercheurs affirment que plusieurs études ont identifié des différences entre cerveaux masculins et féminins qui ne peuvent être imputées à l'environnement social (on pourra par exemple se référer à cet article écrit paru dans la revue de l'AFIS, Science et pseudo-sciences). En niant que ces différences existent, Catherine Vidal rendrait un mauvais service non seulement à la science, mais aussi à la cause féministe, car on ne saurait faire dépendre la nécessité de l'égalité hommes-femmes d'une affirmation sur une réalité biologique (l'asexuation du cerveau) qui peut être à tout moment démentie par de nouvelles découvertes (et qui, selon N. Gauvrit et F. Ramus, l'est d'ores et déjà).

Dans la conclusion de sa conférence TEDx sur le sujet (voir la video ci-contre), Franck Ramus revient plus en détail sur le lien qu'il établit entre la reconnaissance de l'existence de différences cognitives innées et le programme féministe – je retranscris ici presque mot à mot le passage concerné, à partir de 17'00", me contentant de corriger les inévitables incorrections dues à l'oral :
Pour résumer, on a vu que les différences cognitives entre les hommes et les femmes existent bel et bien. Elles ne sont pas énormes, elles sont de taille modérée, autrement dit elles ne justifient pas nécessairement une répartition des rôles très différenciée entre les hommes et les femmes dans la société, mais elles sont fiables. Pour certaines, on peut les observer dès l'enfance, voir dès la naissance, Par ailleurs, on commence à en connaître au moins partiellement les bases cérébrales, les origines hormonales et génétiques.

Alors, il y a des différences. Et alors ? Est-ce que cela justifie de discriminer les femmes à l'embauche et de les payer moins ? Evidemment non. Rien ne peut justifier ces discriminations, quelles que soient les différences qui peuvent être mises en évidence. Donc, on voit bien qu'on est à côté de la plaque, en fait.

Il s'agit d'une confusion entre égalité en droit et égalité de fait. Quand on dit : « les êtres humains naissent libres et égaux en droit », on n'est pas en train d'affirmer un fait : on est en train d'affirmer une valeur. Et on a envie d'affirmer cette valeur quelles que soient les observations qu'on puisse faire, et quelles que soient les différences qu'on peut observer entre les individus. Parce que de toutes façons, des différences, il y en a partout, et il y en aura toujours : nous sommes tous différents, et en fait, pour que nous soyons tous égaux, il faudrait non seulement que nous soyons tous des clones, et donc tous de même sexe, mais aussi que nous soyons tous élevés dans des conditions de laboratore strictement à l'identique. Cela fait-il envie à quelqu'un ? Donc, des différenes, il y en a partout, et finalement c'est aussi cela qui fait l'intérêt de la vie humaine : c'est la diversité. Et c'est aussi cela qui permet d'espérer que plutôt que d'avoir peur de nos différences, on peut essayer de capitaliser sur elles, et de reconnaître que nous avons des qualités qui peuvent être complémentaires.

Par ailleurs, ce qui est encore plus important, c'est l'idée de justice et d'équité. Ce qui est injuste, c'est de défavoriser une personne parce qu'on l'évalue sur les qualités moyennes, réelles ou supposées, de son sexe ou du groupe auquel elle appartient. Cela, c'est fondamentalement injuste. La justice, c'est simplement d'évaluer les personnes sur la base de leurs qualités individuelles, indépendamment de leur sexe ou d'un autre groupe auquel elles apartiennent.

Pour conclure, je pense que c'est cela qu'il faut revendiquer pour les femmes : ce n'est pas l'égalité de fait en tout point avec les hommes, c'est une égalité en droit, c'est la justice et l'équité. 
Cette conclusion me semble appeler quelques commentaires.

Étant donné mon absence totale de qualification en biologie, je ne peux que faire confiance aux études qui concluent à l'existence de différences innées entre cerveau masculins et féminins, et à ce que des gens comme F. Ramus en disent. Au demeurant, j'avoue être un peu perplexe sur la position exacte que défend Chaterine Vidal. Je ne me suis pas plongé dans le détail de ses écrits ; je ne possède que son petit Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ?, aux éditions du Pommier, et je suis allé récemment l'écouter dans une conférence. Dans les deux cas, je ne suis pas parvenu à déterminer si elle niait toute sexuation innée du cerveau (position que lui attribuent N. Gauvrit et F. Ramus) ou si elle admet l'existence de cette sexuation, tout en contestant le regard sexiste que les scientifiques, ou la société, portent sur elle. Une phrase, par exemple, tirée du petit livre susmentionné, est révélatrice de cette ambiguité. À propos du progrès des connaissances qu'a permis l'IRM, elle conclut :
De fait, la variabilité individuelle dépasse le plus souvent la variabilité entre les sexes qui, en conséquence, fait figure d'exception.
Or, pour commencer, il n'y a pas de « conséquence » entre les deux propositions ; quel que soit le phénomène considéré, l'ampleur des variations individuelles est tout à fait indépendante de celle des variations entre les groupes (ici, sexuels). Il peut y avoir de faibles variations individuelles associées à une forte variation entre groupes, de fortes variations individuelles et une faible variation entre groupe, de faibles ou de fortes variations à la fois entre individus et entre groupes : toutes les configurations sont possibles. Ensuite, cette phrase peut être lue comme la reconnaissance – à demi-mot et avec une bonne dose de limites, mais la reconnaissance tout de même – de la réalité des variations entre sexes. Quoi qu'il en soit, si ce point est important dans une discussion avec Catherine Vidal, il n'est pas essentiel à la discussion scientifique en tant que telle.

Les conclusions de Franck Ramus me paraissent plus problèmatiques, en revanche, lorsqu'elles traitent du lien entre différences sexuelles biologiques (que, dans la suite du raisonnement, je supposerai établies) et revendications féministes.

Un élément de confusion est introduit par l'utilisation systématique du terme d'égalité, là où celui d'identité serait plus juste. Cette confusion est, il est vrai, aussi courante qu'ancienne. Il n'empêche : dire que pour que nous soyons égaux, il faudrait que nous soyons tous semblables, c'est confondre la similiarité des quantités et celle des qualités (ou alors, il faudrait préciser : pour que nous soyons égaux à tous points de vue – mais je crois pas que c'est ce que Franck Ramus avait en tête).

Là où les choses deviennent gênantes, c'est que Franck Ramus limite la portée de ce que doit être le féminisme à l'égalité en droit (mieux vaudrait dire : l'identité des droits), arguant que l'égalité (l'identité) de fait, en présence de différences innées, sera toujours une chimère. Or, les femmes peuvent souffrir de multiples formes d'infériorisation qui ne se situent pas sur le plan du droit, et qui méritent néanmoins d'être combattues avec autant d'énergie que les discriminations formelles. Nulle loi n'oblige par exemple les femmes à assumer la plus grande part des tâches ménagères ou ne leur barre la route des études techniques. Mais un conditionnement social aussi pernicieux qu'efficace conduit une grande majorité d'hommes (et une bonne partie des femmes) à intégrer cette spécialisation comme allant de soi, quitte à se la représenter comme le fruit de choix volontaires. Dès lors, combattre le sexisme, ce n'est pas seulement abattre les limites formelles que la société impose aux individus, ou évaluer les individus indépendamment des performances des groupes auxquels ils appartiennent ; c'est aussi (et dans la société française de 2014, c'est avant tout) s'opposer aux pressions sociales qui aboutissent à leur « sexage », pour reprendre un terme forgé par les féministes et qui dit bien ce qu'il veut dire.

On sera tenté de répondre que même dans une société totalement débarrassée de tout sexisme, que celui-ci prenne la forme de discriminations légales ou de simples pressions sociales, la différence entre les aptitudes innées des hommes et des femmes aboutirait tout de même une spécialisation sexuelle des tâches – sauf erreur, c'est bien là que veut en venir Franck Ramus. C'est possible... mais uniquement à condition que ces différences d'aptitudes soient de nature à conférer un avantage pour une activité concrète plutôt que pour une autre. Or, me semble-t-il, les activités concrètes mettent toujours en jeu un ensemble de ces aptitudes simples pour lesquelles les expériences de la laboratoire font parfois apparaître un avantage pour tel ou tel sexe. Par exemple, Frank Ramus fait état de plus grandes facilités masculines pour la géométrie dans l'espace ; mais on ne voit pas très bien dans quelles activités concrètes ces facilités, à elles seules, conduiraient les hommes à se spécialiser davantage que les femmes.

En tout état de cause, et c'est le point aveugle du raisonnement de Frank Ramus, les spécialisations des sexes (qu'elles aient été dictées par la loi ou par le simple usage) n'ont eu, jusqu'à preuve du contraire, aucun fondement rationnel, dans le sens où elles n'ont pas procédé d'une plus grande aptitude naturelle des uns ou des autres pour telle ou telle tâche – la seule exception possible étant les fonctions liées à la maternité, qui ont sans doute joué un rôle dans la première division sexuelle du travail, quoique ce rôle soit extrêmement difficile à cerner. Voilà pourquoi il est très tendancieux de dire que « les différences cognitives entre les hommes et les femmes », pour avérées qu'elles puissent être, « ne justifient pas nécessairement une répartition des rôles très différenciée entre les hommes et les femmes dans la société ». Elles ne justifient en rien une répartition des rôles « très », ou même modérément, différenciée – du moins, si l'on ne parle pas de l'hypothétique division sexuelle du travail qui pourrait exister dans une société sans domination masculine, mais de la division sexuelle du travail réelle qui existe dans la société réelle depuis des millénaires, et qui constitue le substrat de la domination masculine.



27 commentaires :

  1. Bonjour,
    Je pense que nous sommes d'accord sur bien des points. Simplement vous donnez à mes propos une interprétation qui va peut-être un peu au-delà de ce que je pense vraiment.

    Pour commencer, une précision: quand je dis "pour que nous soyons égaux", je veux vraiment dire "pour que nous soyons égaux à tous points de vue", en tous cas tous points de vue suffisamment généraux pour pouvoir être mesurés et comparés entre individus. Je ne pense pas qu'on puisse tracer une distinction entre similarité des quantités et des qualités, les qualités étant immanquablement ramenées à des quantités dès lors qu'on se donne les moyens de les mesurer.

    Ensuite, je ne tiens pas particulièrement à limiter la portée du féminisme. Je dis juste que le féminisme aurait tort de vouloir s'appuyer sur une négation des faits.

    Après, sur les conséquences sociétales des différences cognitives moyennes attestées, je ne m'étends pas là-dessus dans le talk, précisément parce que c'est très compliqué, qu'il n'est pas très clair pour moi quelles conséquences on peut en tirer, et que je n’ai pas de conviction fermement ancrée.

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  2. Mais pour en dire un peu plus sur le fond de ma pensée, je ne crois pas que toute distribution inégale des métiers et des tâches soit nécessairement mauvaise, ou relève nécessairement d’un rapport de domination, si elle correspond aux aptitudes individuelles et/ou aux aspirations des individus. A ma connaissance, les féministes ne protestent pas du fait qu’il y a trop peu de femmes parmi les déménageurs. Elles reconnaissent donc implicitement que la plupart des femmes n’ont ni l’envie, ni les aptitudes pour exercer cette activité. Néanmoins il est important de garantir que les quelques femmes qui en ont l’envie et les aptitudes puisse accéder à ce métier, sans être défavorisées par rapport à des hommes ayant des aptitudes moindres.

    Le même raisonnement doit logiquement s’appliquer dans des métiers où les aptitudes plus pertinentes sont cognitives. Je ne dis pas qu’il est prouvé qu’il y en a, parce que c’est compliqué à déterminer, un métier ne faisant jamais appel à une unique fonction cognitive, les aptitudes moyennes entre hommes et femmes étant proches, et allant dans les deux sens selon la fonction. Mais si c’était le cas ça ne me paraîtrait pas scandaleux. Et ça ne conduirait pas nécessairement à un désavantage global pour les femmes, puisque les aptitudes des hommes et des femmes s’équilibrent sur l’ensemble des fonctions cognitives. Ce qui n'est pas acceptable, c'est de discriminer un sexe parce qu’on évalue les individus sur les qualités moyennes de leur groupe plutôt que sur leurs qualités individuelles, et c’est d'imposer une certaine division des tâches à un sexe contre son gré (ce qui devrait suffire à répondre à votre remarque sur les tâches ménagères).

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  3. Pour finir d’illustrer par une libre spéculation sur laquelle je n’ai pas de données objectives, mon expérience professionnelle et personnelle m’a convaincu que les femmes sont en moyenne plus douées que les hommes pour les fonctions de management. Sans doute en raison de meilleures capacités d’empathie, d’écoute, de communication, de coopération, une moindre tendance à l’autoritarisme, peu importe. A l’heure actuelle, elles sont sous-représentées dans ces métiers, pour des raisons qui ont sans doute beaucoup à voir avec la domination masculine. Cette situation est clairement injuste, et on ne peut qu’espérer qu’elle va évoluer avec le temps. Doit-elle évoluer vers un équilibre à 50/50 ? Ou vers un équilibre dans lequel les postes de management seraient alloués aux candidats présentant les meilleures aptitudes individuelles pour ces fonctions, ce qui conduirait (selon mon hypothèse) à une surreprésentation des femmes ? Personnellement, je penche pour la deuxième réponse. Alors que les partisans de l’égalitarisme absolu et les masculinistes (qui, dans cette situation hypothétique, se considèreraient discriminés) devraient militer pour une répartition à 50/50.

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    1. Bonjour M.Ramus,
      "meilleures capacités d’empathie, d’écoute, de communication, de coopération, une moindre tendance à l’autoritarisme".
      Pour l'empathie c'est possible, j'ai lu les résultats d'une étude sur ce sujet. mais encore faudrait-il qu'ils soient répliqués dans d'autres expériences. Peut-être est-ce le cas j'ai très peu de connaissances en la matière, dans ce cas je vous prie de donner vos sources d'articles.
      Mais je suis davantage perplexe en ce qui concerne les autres termes de votre énumération, en particulier sur "l'autoritarisme". Si vous avez des études attestant d'une différence entre sexes où le facteur environnement social est contrôlé, je suis intéressé pour les connaître.

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    2. Comme je l'ai dit, c'est une spéculation sans données objectives. En vérité j'ai dit ça parce que je n'ai pas voulu prendre le temps de faire une recherche biblio sur le sujet, mais cette lacune pourrait être comblée assez facilement en prenant le temps. Je ne sais pas si l'autoritarisme a été quantifié et comparé, mais j'attends des différences au moins sur des traits de personnalité corrélés (par exemple "agreeableness").
      Sur l'empathie, je vous propose cette étude qui compare notamment les scores d'empathie des hommes et des femmes (basés sur un questionnaire), sur un échantillon de taille tout à fait respectable. La figure 3 montre les données individuelles, ce qui permet d'apprécier à la fois les différences et le recouvrement:
      Baron-Cohen, S., Knickmeyer, R. C., & Belmonte, M. K. (2005). Sex Differences in the Brain: Implications for Explaining Autism. Science, 310(5749), 819-823.
      http://anthro.vancouver.wsu.edu/media/Course_files/anth-395-nicole-hess/sex-differences-in-the-brain.pdf

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    3. Désolé voici un meilleur lien (en couleurs) pour Baron-Cohen:
      http://docs.autismresearchcentre.com/papers/2005_BC_etal_Science.pdf

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    4. Bonjour

      Merci de vos commentaires, qui permettent je crois de préciser sur quels points nos manières de voir les choses convergent, et où elles se séparent.

      Nous sommes parfaitement d'accord que le féminisme – comme tout ensemble d'idées visant à l'émancipation humaine – n'a aucun intérêt à tirer ses arguments d'affirmations fausses. Et que, par conséquent, la question d'une éventuelle sexuation innée du cerveau ne peut être écartée, ou pire, tranchée a priori, au motif qu'elle paraîtrait ou non compatible avec telle ou telle aspiration.

      Nous sommes également d'accord sur le fait d'aspirer à une société où les individus seront libres de leurs choix, indépendamment des groupes auxquels ils appartiennent (ou auxquels on les rattache).

      Mais c'est à propos de ce libre choix des individus que, je crois, nous divergeons. Telles que je comprends les choses, et pour résumer à grands traits, celui-ci vous apparaît comme une condition suffisante de l'égalité, alors que je n'y vois qu'une condition nécessaire.

      Le cas de tâches ménagères est significatif. Ce que vous en dites laisse entendre qu'elles échoiraient aux femmes par contrainte – il suffit donc de lever cette contrainte, et chacun pourra faire plus ou moins le ménage selon ses aspirations. Or, je pense précisément que ce n'est pas vrai, du moins si l'on entend par « contrainte » une obligation ou un interdit formalisés. Aucune loi, depuis bien longtemps, n'oblige les femmes à accomplir plus de la moitié des tâches ménagères. Il ne s'agit pas non plus d'un phénomène de « discrimination », au sens on l'entend couramment : la répartition des tâches ménagères n'est pas le fruit d'une décision prise par une autorité quelconque. Si les femmes font davantage le ménage que les hommes, c'est pour une large part, « de leur plein gré » - si tant est qu'on puisse faire la part, dans la « libre » volonté des individus, de ce qui est réellement libre et de ce qui relève de l'intériorisation de l'éducation, des stéréotypes, c'est-à-dire du conditionnement social.

      C'était déjà « tous de leur plein gré » que les Africains chantés par Pierre Perret venaient « vider les poubelles à Paris ». Et c'est encore « de leur plein » gré qu'un certain nombre de femmes se prostituent – une « libre aspiration » apparemment beaucoup moins fréquente chez les hommes.

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    5. (suite)

      Je ne pense pas une seconde que vous ignorez l'existence de ce conditionnement social qui pèse, de manière saillante ou invisible sur les choix individuels – ne serait-ce que parce que vous devez en tenir compte dans les expériences sur lesquelles vous travaillez. Mais votre raisonnement sur les revendications du féminisme, lui, l'ignore. En en restant à la revendication de l'égalité en droit, on laisse de côté, donc on accepte, ces stéréotypes et ce conditionnement qui, bien davantage que toutes les différences innées, rendent impossibles, pour l'instant, l'égalité en fait. Au passage, on raisonne presque toujours en se posant le problème de la liberté des femmes (ou de certaines femmes) d'accéder à de prestigieuses fonctions masculines. Cette liberté est aujourd'hui réelle dans nos sociétés et, dans la réalité, on constate de lents mais palpables progrès. Mais on oublie trop souvent l'autre face de la pièce, à savoir que les hommes, eux, utilisent leur liberté individuelle pour ne pas investir les activités les plus dévalorisantes qui sont considérées comme féminines – le ménage, entre autres, encore et toujours.

      Quant à savoir si la division sexuelle du travail pourrait tout de même perdurer dans une société réellement débarrassée du sexisme (de droit et de fait), je crois que c'est bien difficile à prévoir – et pas uniquement parce qu'il n'y a pas d'adéquation simple entre capacités cognitives « pures » et tâches concrètes. Une société féministe (et socialiste) devra sans doute faire des choix inédits quant à l'organisation du travail et à la socialisation des deux sexes. Peut-être considèrera-t-elle qu'une certaine division sexuelle du travail, justifiée par les différences d'aptitudes innées, ne constitue pas en soi un problème. Peut-être choisira-t-elle au contraire de compenser, de manière consciente, par l'éducation (et pas uniquement par une simple « discrimination positive ») ces écarts de capacités cognitives entre sexes.

      Deux dernières remarques, sur des détails – mais des détails significatifs. Je crois que parmi les féministes conséquents, ceux qui pensent que les femmes devraient elles aussi, et tout autant que les hommes, être déménageuses sont plus nombreux que ce que vous croyez. Si les femmes ont en moyenne une musculature moins puissante que les hommes, elles n'en sont pas moins aptes aux efforts prolongés ; pour preuve les innombrables sociétés où elles assumaient les durs travaux des champs, sans même parler de toutes celles où elles avaient le monopole du port des charges lourdes. Là encore, les facultés innées (même les plus évidentes et les mieux établies) expliquent assez peu de choses de la division sexuelle du travail, fût-elle « libre » plutôt que contrainte.

      Et si aujourd'hui, les femmes font de meilleurs managers – ce sur quoi je suis tout prêt à vous croire – est-ce à cause de leurs facultés cognitives innées, ou de leur socialisation qui les rend plus aptes à l'empathie, et donc aux responsabilités collectives ? Le jour où les individus de sexe masculin seront élevés non comme des mâles, mais comme des être humains, nul doute que malgré leurs quelques handicaps cognitifs, ils feront eux aussi des managers tout à fait acceptables.

      Amicalement

      PS : par un hasard complet, je tombe ce matin sur cet article instructif : « Quand les femmes cessèrent de programmer » : http://www.npr.org/blogs/money/2014/10/17/356944145/episode-576-when-women-stopped-coding

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    6. PPS : et je retrouve au fond de mon disque dur l'exemple chiffré que je voulais donner à propos des « femmes déménageuses » : en Australie, où les femmes portaient tant de charges lourdes que les premiers Occidentaux les quailfiaient de « bêtes de somme », l'anthropologue Neville White observa par exemple dans les années 1970 une sexagénaire de 32 kg qui ramenait sur son dos 28,5 kg de bois de chauffe...

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    7. "Le jour où les individus de sexe masculin seront élevés non comme des mâles, mais comme des être humains"
      Vous ne craignez pas l'excès d'emphase!
      Vous faites sans doute référence à ce genre de "travaux":
      https://lejournal.cnrs.fr/billets/en-finir-avec-la-fabrique-des-garcons
      Pour éviter d'en faire des tartines ici, je vous renvoie aux commentaires de François Tharaud sur facebook et aux miens en-dessous:
      https://www.facebook.com/ftharaud/posts/10152811673609921
      Je précise que sur les faits bruts (promotion de valeurs différentes pour les garçons et les filles), il n'y a pas contestation. Mais les conclusions qui en sont tirées n'en découlent nullement.

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    8. Si on voulait formuler les choses de manière plus neutre, on pourrait dire: les garçons sont éduqués de la manière A, et les filles de la manière B. Les valeurs A' sont promues auprès des garçons, et les valeurs B' auprès des filles. Et ces différences participent aux différences de comportement entre garçons et filles.
      Mais rien ne permet de déduire que l'être humain c'est B et B', plus que A et A'.
      On peut, certes, manifester une préférence. Comme vous, je préfère les valeurs associées à B et B' à celles associées à A et A'. Et comme vous, je suis favorable à ce qu’on tente de réduire les différences dans la socialisation des filles et des garçons, dans la direction de B et B’.
      Mais 1) je me garde bien d’affirmer que B et B’ sont plus « humains » que A et A’, parce que rien ne justifie une telle affirmation. Jusqu’à preuve du contraire, les mâles font autant partie de l’humanité que les femelles. En fait je réalise que nous divergeons sur ce point avant tout parce que le mot « humain » est polysémique. Je me réfère à l’usage scientifique et descriptif, de ce qui caractérise notre espèce. Vous l’utilisez dans le sens d’une valeur positive, et du coup vous traduisez simplement votre préférence. 2) Je me garde bien de croire naïvement que quand on aura totalement uniformisé la socialisation des garçons et des filles, leurs comportements seront strictement identiques !

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    9. Concernant les tâches ménagères, je suis assez perplexe. Faut-il vraiment essayer d’aplanir toutes les différences de préférence ? Pourquoi ? En quoi est-ce nuisible que (en moyenne), les femmes préfèrent le ménage et les hommes le bricolage (pour caricaturer) ? Il me semble que le principal problème dans la répartition des tâches ménagères, c’est que globalement les femmes en font plus que les hommes. Là, il y a une réelle inégalité contre laquelle cela vaut la peine de lutter. Essayons d’atteindre une véritable égalité quantitative, ce sera déjà bien (et les femmes vivront objectivement mieux !). Mais si après, les femmes et les hommes décident de se répartir les tâches selon les préférences ou les compétences qui leur sont propres, quel est le problème ? Quand bien même ces préférences ou compétences moyennes seraient entièrement le résultat d’un conditionnement social, quel est le problème ? Est-ce que toutes nos préférences ne sont pas influencées par divers conditionnements sociaux ? Est-il souhaitable d’abolir toutes les formes de conditionnement social ? Serait-ce réalisable, en dehors d’un système incroyablement coercitif ? Et quand bien même on abolirait tout conditionnement social, serions-nous plus avancés pour autant ? Un monde sans différences de préférences (ou avec des préférences influencées uniquement par des facteurs innés) serait-il meilleur ? Je vais peut-être un peu loin, mais il me semble qu’il y a derrière tout ça un sophisme consistant à croire que l’individu ne peut être libre que s’il est soustrait à toute influence (ce qui est rigoureusement impossible).

      J’y vois aussi un lien avec ce que le philosophe Ruwen Ogien a appelé les « crimes sans victimes », c’est-à-dire des situations que certaines personnes veulent pénaliser pour la seule raison qu’elles les indignent, sans que leur indignation ne puisse être justifiée par un tort causé à qui que ce soit. Cf. la Panique morale et autres livres du même auteur. Est-ce qu’un conditionnement social qui créerait des différences de préférences entre sexes (ou autres groupes humain) n’induisant pas de désavantage objectif n’est pas juste un sujet d’indignation sans victime ?

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    10. Bonjour

      J'ai peur que nous ne tournions bientôt en rond, si ce n'est déjà fait. Mais essayons d'avancer tout de même. En tous cas, ceux qui nous lisent auront pu prendre connaissance des différents points de vue et arguments, et se faire leur opinion.

      Le premier point est que vous me prêtez une idée qui n'est pas la mienne. Quand je dis qu'aujourd'hui, les garçons sont élevés comme des mâles et non comme des êtres humains, je ne dis nullement, ni ne sous-entends, que les filles, elles, seraient élevées comme des êtres humains (ce qui serait par définition, contradictoire). Je dis simplement que nos sociétés, de manière moins caricaturale certes que d'autres, mais tout de même dans une très large mesure, éduquent les garçons – et les filles ! – selon des stéréotypes différents. Bref, comme toutes les sociétés humaines connues jusqu'à présent, nous élevons les enfants comme des êtres humains sexués (des mâles et des femelles), et non comme des êtres humains tout court ; et cela possède un impact certain sur le comportement des adultes, sur leur désir de reproduire cette éducation différentielle (ou sur leur indifférence vis-à-vis de celle-ci, considérée comme « naturelle »). Il n'y a aucune emphase là-dedans, mais un constat très banal et qui ne peut guère être réfuté, même par un mauvais article de chercheurs du CNRS.

      Je ne crois pas être naïf au point de penser qu'il puisse exister des êtres humains détachés de toute influence sociale – au demeurant, c'est un reproche que j'aurais bien envie de vous retourner. C'est bien pourquoi je pense qu'une société souhaitant une authentique égalité entre les sexes ne peut se contenter de leur donner les mêmes droits formels, mais qu'elle doit avoir à cœur, en pratique, de s'efforcer de n'influencer aucun individu en fonction de son sexe – ou alors, peut-être, d'exercer cette influence de manière consciente, délibérée, afin de contrebalancer les éventuelles inégalités naturelles ou sociales entre les uns et les autres.

      Nous vivons depuis des millénaires dans un monde où la division sexuelle du travail n'est pas neutre et ne peut se résumer à une simple question d'activités différentes mais socialement équivalentes (les hommes préfèrent le bricolage et les femmes le ménage, comme certains préfèrent les frites et d'autres les pommes de terre au four). Les hommes « préfèrent » aussi, entre autres, la politique, la violence organisée, la direction de la famille, l'espace public et les tâches les plus qualifiées. Alors, une fois encore, je ne sais pas quelle sera l'attitude d'une société débarrassée de tout rapport inégal entre les sexes, vis-à-vis d'une éventuelle persistance de divisions sexuelles des tâches. C'est un problème qui se posera (peut-être) une fois qu'on aura mis fin au conditionnement social des deux sexes.

      En attendant, à chaque époque ses problèmes : le nôtre, et il est de taille si l'on en juge par les réactions, par exemple, à la « théorie du genre », consiste (entre de nombreuses autres choses) à apprendre aux filles que le bricolage n'est pas un travail d'homme et, plus encore, aux garçons que le ménage n'est pas un truc de fille.

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    11. @ M. Ramus

      Merci des liens. J'avais aussi trouvé ça qui va dans le même sens : O. Collignon et al., Women process multisensory emotion expressions more efficiently than men, Neuropsychologia, 2009
      Par contre, je ne suis qu'en 2e année de psychologie expé, j'avoue ne pas être encore bien familier avec le langage statistique et méthodologique, je n'arrive pas à discerner si l'effet du contexte social est contrôlé dans l'étude que vous avez fourni.

      Mais je connais aussi ça qui examine l'effet du contexte social : http://psycnet.apa.org/journals/psp/65/5/1010/
      http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/026999398379565
      http://www.jstor.org/discover/10.1086/382111?uid=3738016&uid=2&uid=4&sid=21104999187907
      Et aussi : - Brody 1999 Gender, emotion and the family.
      - Lafrance et Hecht 1999 Option or obligation to smile: the effects of power and gender on facial expression.
      - Adler, Kless et Adler 1992 Socialization to gender roles:popularity among elementary school boy and girls
      - Lafrance et Hecht 2000 Gender and smiling a meta analysis
      - Hess et Philippot 2007 Group dynamics and emotional expression
      - Parkinson, Fischer et Manstead 2005 Emotion in social relations.

      De plus dans le domaine de la psychologie des émotions, je suis un tenant du constructivisme social (Lewis et Haviland 1993 Handbook of emotions ; Averill 1980 A construction view of emotion, in Theories of emotion). La perspective neurocognitive me paraît secondaire par rapport à la perspective sociale de manière générale, mais cela dépend aussi de la problématique précise de recherche.

      "Je ne sais pas si l'autoritarisme a été quantifié et comparé, mais j'attends des différences au moins sur des traits de personnalité corrélés (par exemple "agreeableness")."
      J'en attends moi aussi, mais selon moi un pur produit de la socialisation.

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    12. PS : Pour un développement du lien entre socialité et émotion, voir le chapitre 4 et la conclusion de Tcherkassof (2011) Les émotions et leurs expressions. Je tire d'ailleurs la plupart de mes sources de cet ouvrage (de psychologie sociale expérimentale au passage).

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    13. Pour discuter avec Frank Ramus, le mieux serait sans doute de poster sur le blog... de Franck Ramus. ;-)
      (ce n'est pas que ça me gêne, mais ça paraît simplement plus logique).

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    14. Je prolongeais notre point de discussion suivant : "meilleures capacités d’empathie, d’écoute, de communication, de coopération, une moindre tendance à l’autoritarisme".

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  4. "pour que nous soyons tous égaux, il faudrait non seulement que nous soyons tous des clones, et donc tous de même sexe, mais aussi que nous soyons tous élevés dans des conditions de laboratore strictement à l'identique. Cela fait-il envie à quelqu'un ? Donc, des différenes, il y en a partout, et finalement c'est aussi cela qui fait l'intérêt de la vie humaine : c'est la diversité. Et c'est aussi cela qui permet d'espérer que plutôt que d'avoir peur de nos différences, on peut essayer de capitaliser sur elles, et de reconnaître que nous avons des qualités qui peuvent être complémentaires."

    Quelque chose me pose problème d'emblée dans ces raisonnements mais je n'arrive pas encore à mettre des mots clairs dessus. Je vous communiquerai mon avis quand j'aurai clarifié ma pensée.

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    1. PS : avis que je vous communiquerai sur votre blog, comme le recommande bien Christophe, en commentaire de votre article sur votre conférence TED.

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  5. Petit aparté -plutôt long en fait - sur le "se faire leur opinion" :

    "Bonjour
    J'ai peur que nous ne tournions bientôt en rond, si ce n'est déjà fait. Mais essayons d'avancer tout de même. En tous cas, ceux qui nous lisent auront pu prendre connaissance des différents points de vue et arguments, et se faire leur opinion."

    Je pense que l'opinion d'un individu ne découle pas fondamentalement de son intelligence personnelle, ou ses gênes, ou toute autre variable de "personnalité" permettant de distinguer les individus les uns des autres ; je pense plutôt qu'elle résulte avant tout d'un processus d'influences sociales entamé depuis l'enfance, avec les parents, les maitresses -le plus souvent- et les maîtres -moins souvent- , les amis, les profs, les médias, etc...bref tout notre nevironnement social avec lequel nous co-construisons nos opinions, mais dans lequel il n'y a aucun choix délibéré ni libre-arbitre quelconque.

    C'est ce que JL Beauvois, le psychologue social, argumente dans la majorité de ses travaux sur l'idéologie libérale et son influence sur nos processus psychologiques - même les fonctionnements psychologiques spécifiques qu'il induit, pas uniquement des contenus (idées, etc...). Son ouvrage que je te recommande le plus est "Les illusions libérales, individualisme et pouvoir social" (2003) , il y condense des arguments de plusieurs disciplines (histoire, politique), la principale restant la psy sociale, pour critiquer le libéralisme. N'a pas le succès qu'il mérite amha. Je pense qu'il va te passionner ;-) .
    Il y argumente donc notamment que l'expression "se forger sa propre opinion" est un mensonge, issu du libéralisme moderne, mais un de ces mensonges qui endort le peuple. Je préfère ne pas tenter de résumer sa démonstration, cela lui porterait mauvaise publicité ;-)

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  6. le thème du cerveau sexué dont la science nous dit qu'il l'est, n'est peut-être pas si surprenant que ça. Et tout le monde aurait peut être raison. Je me réfère à l'ouvrage d'Engel "Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme" dont je pourrais en conclure librement qu'un cerveau dont la main passe des millénaires à cajoler développe certainement une spécialité (dû à la division sexuelle du travail) qui serait plutôt contrastant d'avec un autre cerveau qui passe les mêmes millénaires à tuer développe aussi une spécialité, qui peut nous laisser dire aujourd'hui qu'elle est innée.

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    1. Je ne suis pas assez compétent en biologie pour discuter de cette hypothèse. J'ai quand même le sentiment que pour être valide, il faudrait que les compétences développées par les deux cerveaux sexués soient de nature à procurer un avantage évolutif (c'est-à-dire, à être transmises à une descendance plus nombreuse). Et cela me paraît, à première vue, assez hypothétique.

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  7. Dernier commentaire: je confirme qu'il y a malentendu sur la question d'élever les garçons "comme des êtres humains". J'avais compris l'implication selon laquelle ils seraient actuellement élevés comme des êtres... non-humains! des bêtes, des brutes, que sais-je? C'est à ce propos que mon commentaire relevait une certaine exagération. Vous pouvez donc ignorer ce commentaire.

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  8. Pas de problème : j'avais bien compris que je m'étais mal fait comprendre. ;-)

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  9. "Faut-il vraiment essayer d’aplanir toutes les différences de préférence ? Pourquoi ? En quoi est-ce nuisible que (en moyenne), les femmes préfèrent le ménage et les hommes le bricolage (pour caricaturer) ? Il me semble que le principal problème dans la répartition des tâches ménagères, c’est que globalement les femmes en font plus que les hommes."

    Pour le sujet des tâches ménagères peut-être que ça n'aurait pas une importance capitale si l'on prouvait par une étude sérieuse que "les femmes préfèrent le ménage et les hommes le bricolage" (ce qui n'est pas le cas me semble-t-il puisque c'est juste un exemple volontairement caricatural) mais le fait que des préférences aient des origines plus environnementales que découlant des aptitudes cognitives me semble avoir une + d'importance dans d'autres domaines d'application.

    Au niveau de la science cognitive pure et dure, à vrai dire, je ne sais pas très bien quelle est la définition de "préférence"?
    On estime cela seulement sur base déclarative?

    L'environnement induit des préférences qui aboutissent à des activités plus ou moins valorisées.

    Nous sommes d'accord sur l'idée qu'un individu devrait être évalué pour lui-même et non selon les valeurs moyennes de son "groupe" (sexuel ou autre).
    Et qu'il faudrait que l'on puisse faire ce dont on a envie et ce dont on a l'aptitude.
    De même que l'on ne peut pas échapper totalement aux facteurs sociétaux/environnementaux dans l'influence de nos goûts et opinions.

    Mais si la "préférence" découle d'un "conditionnement", si la femme va préférer passer le balai plutôt que planter un clou uniquement parce que l'environnement l'aura conduite à penser qu'elle est plus compétente dans ce domaine, cela ne pose-t-il pas de problèmes "éthiques"?

    Peut-on encore parler alors de choix délibéré?

    Cela est nuisible dans le sens où ces préférences induites, du fait que les activités masculines sont globalement plus valorisées, participent à briser l'assurance des femmes dans ces domaines.
    Il existe évidemment des indidus femelles à qui cela ne porte aucun préjudice et qui s'épanouissent totalement au sein de ces activités mais je pense qu'il y a bel et bien des "victimes" dans le sens où certaines s'enferment dans ce type d'activité qu'elles jugent "plus facile" mais sans en tirer un épanouissement personnel (et qui sait si elle ne l'aurait pas trouvé dans le bricolage dans lequel elles auraient, à titre individuel et personnel, eu davantage d'aptitudes et une préférence si l'influence des facteurs extérieurs n'avait pas sapé leur confiance en elles dans ce domaine).


    Evidemment, ce sont des questions qui sortent du cadre de la science pure et dure... :)
    Mais il me semble que la notion de "nuisible" ne peut qu'en sortir.

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    1. Bien d'accord avec vous... et c'était précisément l'objet de mon texte initial. ;-)

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    2. Mais je répondais plutôt au comm' de Franck Ramus, du coup... :-)

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