vendredi 5 juin 2015

Le « matriarcat » Khasi

« Anisha à la fenêtre » (Karolin Klüppel, 2014)
Un lecteur et ami me signale un reportage du New York Times faisant état de villages indiens dirigés par les femmes. Cela se passe chez les Khasi, une population vivant à l'est du pays, dans ce territoire situé non loin du pied de l'Himalaya, au nord du Bengladesh. Je n'ai aucune information sur l'état actuel de ces sociétés et sur les éventuels bouleversements qu'y a amené un contact de longue date avec des sociétés plus développées. En revanche, contre la qualification imprudente et hâtive de la société traditionnelle Khasi comme matriarcat, je reproduis ici ce que j'en écrivais dans mon Communisme primitif (p. 102) :
Parmi les autres exemples de matriarcats fréquemment cités, on trouve les Khasi du Nord-Est de l’Inde, une autre société matrilinéaire et matrilocale où, en plus de l’appartenance clanique, les femmes se transmettaient donc de mère en fille la maison, les bijoux et les biens immobiliers. Dans certains villages, la fonction de grand prêtre était même détenue par une femme et transmise dans son clan. Tout cela n’empêchait pas les hommes d’exercer une autorité qui, si elle n’était pas absolue, restait indiscutable :

« Dans le ménage, bien que la femme soit propriétaire, c’est son frère aîné qui règne et, lorsque le mari, après la résidence matrilocale du début, s’établit pour son compte, c’est lui le maître incontesté. En outre, le droit coutumier reconnaît au mari la possibilité de tuer la femme adultère surprise en flagrant délit. La souveraineté politique se transmet en ligne féminine, mais d’un homme à l’autre ; c’est seulement en l’absence d’héritiers mâles que la femme est appelée à succéder ; dans la suite elle passe sa charge à son fils et non à sa fille. » [Robert Lowie, Traité de sociologie primitive]

On pourra remarquer que la matrilocalité des Khasi est assez relative, puisqu’elle n’est que temporaire. Mais si ce témoignage indique que la résidence a effectivement des conséquences sur l’identité de l’individu qui exerce l’autorité domestique, il confirme également qu’elle n’en a aucune sur son sexe : frère ou mari, il s’agit toujours d’un homme.

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