...et elle est annoncée par une fort jolie affiche !
samedi 18 février 2012
dimanche 12 février 2012
À propos de Narcisse Pelletier
Narcisse Pelletier n'a pas seulement eu une vie hors du commun : il a également laissé un témoignage des plus précieux et des plus rares du point de vue de l'ethnologie.
Engagé comme mousse, il fit naufrage en 1858, à l'âge de quinze ans, sur les côtes du nord-est de l'Australie. Il y restera dix-sept ans, adopté par une tribu locale, avant d'être à nouveau recueilli - ou plutôt, enlevé, par un navire anglais. De retour en France, Pelletier, qui avait presque tout oublié de sa langue natale, confiera ses souvenirs à un lettré qui les publiera sous le titre "Chez les sauvages".
Les souvenirs de Pelletier, bien que courts, sont d'un extraordinaire intérêt ; ils font partie de ces rares cas où des occidentaux purent observer des sociétés primitives qui n'avaient encore virtuellement eu aucun contact avec une société plus avancée - généralement, les ethnologues arrivent bien après les missionnaires, les commerçants et les soldats, dans cet ordre ou dans un autre. Et les principaux éléments que rapporte Pelletier sur cette société de chasseurs-cueilleurs qui ignoraient jusqu'à l'arc, qu'il s'agisse de la situation des femmes, de la guerre, des tabous ou des punitions, corrobore ce que l'ethnologie savante ultérieure confirma des décennies plus tard.
Si je parle de Pelletier, c'est que j'ai découvert à la télévision qu'un romancier, François Garde, venait de publier un livre inspiré de sa vie : "Ce qu'il advint du sauvage blanc". Apparemment, il s'agit d'un récit très libre, qui ne s'appuie que de loin sur les faits réels.
Effet de cette parution ou non, la réédition du texte de Narcisse Pelletier, qui datait d'une dizaine d'années, est dorénavant indisponible. Cela coïncide presque avec sa première traduction en anglais, chez un éditeur australien, sous le titre : "Pelletier, the forgotten castaway of Cape York". Espérons que cette indisponibilité ne soit que provisoire. Il serait tout de même dommage que les lecteurs français soient dorénavant obligés de se procurer ce texte en anglais en le faisant venir des antipodes...
Engagé comme mousse, il fit naufrage en 1858, à l'âge de quinze ans, sur les côtes du nord-est de l'Australie. Il y restera dix-sept ans, adopté par une tribu locale, avant d'être à nouveau recueilli - ou plutôt, enlevé, par un navire anglais. De retour en France, Pelletier, qui avait presque tout oublié de sa langue natale, confiera ses souvenirs à un lettré qui les publiera sous le titre "Chez les sauvages".
Les souvenirs de Pelletier, bien que courts, sont d'un extraordinaire intérêt ; ils font partie de ces rares cas où des occidentaux purent observer des sociétés primitives qui n'avaient encore virtuellement eu aucun contact avec une société plus avancée - généralement, les ethnologues arrivent bien après les missionnaires, les commerçants et les soldats, dans cet ordre ou dans un autre. Et les principaux éléments que rapporte Pelletier sur cette société de chasseurs-cueilleurs qui ignoraient jusqu'à l'arc, qu'il s'agisse de la situation des femmes, de la guerre, des tabous ou des punitions, corrobore ce que l'ethnologie savante ultérieure confirma des décennies plus tard.
Si je parle de Pelletier, c'est que j'ai découvert à la télévision qu'un romancier, François Garde, venait de publier un livre inspiré de sa vie : "Ce qu'il advint du sauvage blanc". Apparemment, il s'agit d'un récit très libre, qui ne s'appuie que de loin sur les faits réels.
Effet de cette parution ou non, la réédition du texte de Narcisse Pelletier, qui datait d'une dizaine d'années, est dorénavant indisponible. Cela coïncide presque avec sa première traduction en anglais, chez un éditeur australien, sous le titre : "Pelletier, the forgotten castaway of Cape York". Espérons que cette indisponibilité ne soit que provisoire. Il serait tout de même dommage que les lecteurs français soient dorénavant obligés de se procurer ce texte en anglais en le faisant venir des antipodes...
samedi 21 janvier 2012
Une annulation, et deux confirmations
Contrairement à ce que j'annonçais il y a quelques semaines, je ne participerai pas à L'escale du livre de Bordeaux, le dernier week-end de mars.
Qu'à cela ne tienne, la deuxième édition du livre est confirmée pour la mi-mars où, rappelons-le, j'aurai le plaisir de la présenter lors du séminaire Marx au XXIe siècle.
lundi 16 janvier 2012
Une lettre stimulante
Ce n'est pas dans mon courrier personnel que je l'ai trouvée, mais au hasard du net. Il s'agit d'un courrier écrit par l'économiste Joan Robinson, keynésienne de gauche, à une connaissance marxiste.
Cette lettre est intéressante à deux titres. D'une part, parce qu'elle montre que malgré ses grandes qualifications et ses vigoureuses affirmations, Joan Robinson n'a en réalité pas saisi grand chose de ce qui opposait Marx aux néoclassiques (dont Marshall) et aux idées qu'incarna plus tard Keynes (fussent-elles "de gauche"). Mais d'autre part, Robinson dénonce, sans aucun doute avec quelques bonnes raisons, un "marxisme" qui tient davantage du dogme desséché que de la pensée et du raisonnement vivants.
Puissent les marxistes ne jamais mériter qu'on leur écrive pareille apostrophe...
Recopié donc, depuis le blog Optimum, au rédacteur duquel on doit cette (très bonne) traduction :
Cette lettre est intéressante à deux titres. D'une part, parce qu'elle montre que malgré ses grandes qualifications et ses vigoureuses affirmations, Joan Robinson n'a en réalité pas saisi grand chose de ce qui opposait Marx aux néoclassiques (dont Marshall) et aux idées qu'incarna plus tard Keynes (fussent-elles "de gauche"). Mais d'autre part, Robinson dénonce, sans aucun doute avec quelques bonnes raisons, un "marxisme" qui tient davantage du dogme desséché que de la pensée et du raisonnement vivants.
Puissent les marxistes ne jamais mériter qu'on leur écrive pareille apostrophe...
Recopié donc, depuis le blog Optimum, au rédacteur duquel on doit cette (très bonne) traduction :
Lettre ouverte d'une keynésienne à un marxiste
Je dois vous avertir que vous allez trouver cette lettre très difficile à suivre. Non pas, je l'espère, en raison de sa difficulté (je ne vais pas vous embêter avec de l'algèbre, ou des courbes d'indifférence), mais parce que vous la trouverez extrêmement choquante et que vous serez trop sonné pour en accepter la teneur.
Je voudrais commencer par une considération personnelle. Vous êtes très poli et essayez de ne pas me le faire sentir, mais, comme je suis une économiste bourgeoise, votre seul intérêt possible à m’écouter est d'entendre quelle sorte de non-sens je vais bien pouvoir débiter. Pire encore - je suis une keynésienne de gauche. J’ai tiré des conclusions plus roses que bleutées de la Théorie générale, bien avant sa publication.(J'étais dans la position privilégiée d'être membre d'un groupe d'amis qui ont travaillé avec Keynes alors qu'il était en cours d'écriture.) J'ai donc été la toute première à atterrir dans le bocal étiqueté «de gauche keynésienne». Au demeurant, je constitue aujourd’hui une grande proportion du contenu du bocal, parce qu’une bonne partie du reste s'en est exfiltré depuis. Maintenant, vous savez le pire.
Mais je veux que vous m’envisagiez en utilisant la méthode dialectique. Le premier principe de la dialectique, c'est que la signification d'une proposition dépend de ce qu'elle réfute. Ainsi la même proposition a deux significations opposées selon que vous la considérez d'en haut ou d’en bas. Je sais à peu près de quel point de vue vous considérez Keynes, et j’en infère correctement votre jugement. Utilisez un peu de dialectique, et essayez de comprendre le mien.
J'ai été étudiante à un moment où l'économie vulgaire était dans un état particulièrement vulgaire. La Grande-Bretagne ne comptait pas moins d'un million de chômeurs, et j’étais là, avec mon professeur m’enseignant qu'il est logiquement impossible d'avoir du chômage à cause de la loi de Say.
C’est alors qu’arriva Keynes, qui prouva que la loi de Say est une absurdité (Marx en a fait autant, bien sûr, mais mon professeur n'a jamais attiré mon attention sur les opinions de Marx à ce sujet). Par ailleurs (et c'est en cela que je suis une keynésienne de gauche, plutôt que de l'autre genre), je comprends en un coup d'œil que Keynes montre que le chômage va être un écrou très difficile à desserrer, car il n'est pas juste un accident - il a une fonction. En bref, Keynes a mis dans ma tête l'idée même de l'armée de réserve de travailleurs que mon professeur avait été si attentif à garder hors d’elle.
Si vous avez la moindre petite pincée de dialectique en vous, vous verrez que la phrase « Je suis une keynésienne » a une signification totalement différente quand je la prononce, de celle qu'elle aurait eu si vous l’aviez prononcée (ce que, bien sûr, vous n'auriez jamais fait).
La seule chose que je vais dire qui va vous sonner ou vous faire bouillir (selon votre tempérament) au point de vous rendre incompréhensible le reste de ma lettre est la suivante : Je comprends Marx, et de loin mieux que vous. (Je vais vous donner une intéressante explication historique dans une minute, si vous n'êtes pas complètement raide ou bouillant avant d’en arriver là.)
Quand je dis que je comprends mieux Marx que vous, je ne veux pas dire que je connais le texte mieux que vous. Si vous commencez à me lancer des citations, vous m’aurez déroutée en peu de temps. En fait, je refuse de jouer avant même de commencer.
Ce que je veux dire est que j’ai Marx dans mes os alors que vous l’avez dans la bouche. Pour prendre un exemple - l'idée que le capital constant est une accumulation de la force de travail dépensée dans le passé. Pour vous c'est quelque chose qui doit être prouvé avec un tas de trucs hégéliens et de non-sens. Alors que moi, je dis (même si ma terminologie n’est pas aussi pompeuse que la vôtre): « Naturellement - que pourrait-il être d’autre ? »
C'est pour cela que je suis terriblement embrouillée. Pendant que vous étiez en train d’essayer de le prouver, je pensais que vous parliez de quelque autre chose (sans que je sache exactement laquelle) qui avait besoin d’être prouvée.
Autre exemple, supposons que nous voulions nous remémorer quelque point délicat dans le capital, par exemple le schéma à la fin du tome II. Que faites-vous? Vous ouvrez le volume et y cherchez l’explication. Que fais-je? Je prends le dos d'une enveloppe et tente de résoudre le problème.
Maintenant, je vais vous dire quelque chose d'encore pire. Supposons, uniquement pour l’exemple, que la réponse trouvée sur ma vieille enveloppe n'est pas celle qui figure dans le livre. Que dois-je faire? Je vérifie mon travail, et si je n’y trouve pas d'erreur, je cherche une erreur dans le livre. Maintenant, je suppose que je pourrais aussi bien arrêter d'écrire, parce que vous pensez que je suis folle à lier. Mais si vous arrivez à me lire un instant de plus, je vais essayer de m'expliquer.
J'ai été élevée à Cambridge, comme je vous l'ai dit, dans une période où l'économie vulgaire avait atteint les plus grandes profondeurs de la vulgarité. Mais tout de même, à côté d’un tas d’inepties, avait été conservé un patrimoine précieux – la façon de penser de Ricardo.
Ce n'est pas une chose que vous pouvez apprendre dans les livres. Si vous vouliez apprendre à rouler à bicyclette, prendriez-vous un cours par correspondance sur la bicyclette? Non, vous emprunteriez un vieux vélo, vous sauteriez en scelle, tomberiez, vous écorcheriez, avanceriez en tremblotant, et puis tout d'un coup, hop ! Vous feriez du vélo. C’est à cela que ressemblait le cours d'économie à Cambridge. Et c’est comme pour une bicyclette : une fois que vous savez en faire, ça devient une seconde nature.
Lorsque je lis un passage dans le capital je dois d'abord comprendre ce que Marx entend par « c » à ce moment-là, s’il s’agit bien du stock total de travail accumulé (il n’aide pas souvent en précisant de quoi il parle - ça doit être déduit du contexte), et ensuite je me sens aussi à l’aise que sur ma bicyclette.
Un marxiste est très différent. Il sait que ce que Marx dit doit être juste dans tous les cas, alors pourquoi gaspiller sa propre capacité mentale à savoir si « c » est un stock ou un flux ?
Puis j’en arrive à un endroit où Marx dit qu'il s’agit d’un flux, alors qu’il est assez clair dans le contexte qu'il devait s’agir d’un stock. Sauriez-vous ce que je fais dans ce cas ? Je descends de mon vélo, et je corrige l’erreur, et puis je me remets en scelle et me voilà.
Maintenant, supposons que je dise à un marxiste: « Regardez un peu - veut-il dire le stock ou le flux ? » Le marxiste dit: « « c » signifie le capital constant », et il me donne une petite leçon sur le sens philosophique du capital constant. Je dis : « Tant pis pour le capital constant, n'a-t-il pas confondu le stock et le flux ? » Le marxiste me répond : « Comment aurait-il pu faire une erreur ? Ne sais-tu pas qu'il était un génie ? » Et il me donne une petite leçon sur le génie de Marx. Je me dis : « Cet homme peut être un marxiste, mais il ne comprend pas grand-chose au génie ». Votre esprit laborieux avance étape par étape, prend le temps d'être prudent et évite les dérapages. Votre génie porte des bottes de sept lieues, et va arpentant, en laissant un jeu de piste de petites erreurs derrière lui (et qui s'en soucie ?). Je dis : « peu importe le génie de Marx. Est-ce un stock ou un flux ? » C’est alors que le marxiste se froisse et change de sujet. Et je me dis « Cet homme peut être un marxiste, mais il ne risque pas d’aller loin en bicyclette. »
La chose qui est intéressante et curieuse dans tout cela, est que le brouillard idéologique qui entourait mon vélo quand j’ai débuté n’avait rien en commun avec l'idéologie de Marx, et pourtant mon vélo devrait être le même que le sien, avec quelques améliorations modernes et quelques altérations modernes. A partir d’ici, ce que je vais dire est plus dans votre ligne, donc vous pouvez vous détendre une minute.
Ricardo a existé à un tournant si fort de l'histoire anglaise que les positions progressistes et les positions réactionnaires se sont totalement déplacées en une génération. Il écrivait juste au moment où les capitalistes étaient sur le point de remplacer l'ancienne aristocratie foncière en tant que classe dirigeante. Ricardo était dans le camp progressiste. Sa principale préoccupation était de montrer que les propriétaires étaient des parasites pour la société. Ce faisant, il a été dans une certaine mesure le champion des capitalistes. Ils faisaient partie des forces productives contre les parasites. Il a été pro-capitalistes contre les propriétaires plus qu'il n’a été pro-travailleurs contre les capitalistes (avec la loi d'airain des salaires, c’était simplement pas de chance pour les travailleurs, quoi qu’il arrive).
Ricardo a été suivi par deux élèves doués et bien formés - Marx et Marshall. En attendant, l'histoire anglaise avait dépassé son tournant, et les propriétaires n'étaient plus la question depuis longtemps. Maintenant c’était les capitalistes. Marx retourna l'argument de Ricardo de cette façon: les capitalistes sont très semblables à des propriétaires. Et Marshall le retourna dans l'autre sens : Les propriétaires sont très semblables à des capitalistes. Du tournant de l'histoire anglaise, partirent deux bicyclettes de la même fabrication - l'une roulant vers la gauche et l'autre vers la droite.
Marshall a fait bien plus que de changer la réponse. Il a changé la question. Pour Ricardo, la théorie de la valeur a été un moyen d'étudier la répartition de la production totale entre les salaires, la rente et le profit, considérés chacun comme un tout. C'est une grande question. Marshall fait de la signification de la valeur une petite question : Pourquoi un œuf coûte plus cher qu'une tasse de thé ? C'est peut-être une petite question, mais il est très difficile et compliqué d’y répondre. Cela prend beaucoup de temps et d'algèbre à théoriser. Ça a donc occupé tous les élèves de Marshall pendant cinquante ans. Ils n'avaient pas le temps de penser à la grande question, ou même de se rappeler qu'il y avait une grande question, parce qu'ils devaient garder le nez dans le guidon pour élaborer la théorie du prix d'une tasse de thé.
Keynes a retourné la question à nouveau. Il a commencé à penser en termes ricardiens : la production comme un tout, et pourquoi se soucier d'une tasse de thé ? Lorsque vous pensez à la production comme un tout, les prix relatifs partent au lavage - y compris le prix relatif de l'argent et du travail. Le niveau des prix s’invite au débat, mais il s’invite en tant que complication, et non comme question principale. Si vous avez un tant soit peu pédalé sur les vélos de Ricardo, vous n'avez pas besoin de vous arrêter et de vous demander ce qu'il faut faire dans un cas comme ça, vous vous contentez d’avancer. Vous écartez par hypothèse la complication jusqu'à ce que vous ayez clarifié le point principal. Ainsi, Keynes a commencé en se débarrassant des prix exprimés en monnaie. La tasse de thé de Marshall s’est évaporée dans le néant. Mais si vous ne pouvez pas utiliser l'argent, quelle unité de valeur prenez-vous ? Une heure de temps de travail d’un homme. C'est la mesure la plus utile et judicieuse de la valeur, donc, naturellement, vous la prenez. Vous n'avez pas à prouver quoi que ce soit, vous le faites, tout simplement.
Et voilà où nous en sommes - nous sommes revenus aux grandes questions de Ricardo, et nous utilisons l'unité marxienne de la valeur. De quoi vous plaignez-vous ?
Et pour l'amour du ciel, laissez Hegel en dehors de ça. Pourquoi Hegel vient-il mettre son nez entre moi et Ricardo ?
mardi 6 décembre 2011
Une nouvelle date, et un changement
Commençons par le changement. Mon intervention au séminaire Marx au XXIe siècle, prévue initialement le samedi 24 mars, a été avancée d'une semaine. Elle aura donc lieu le samedi 17 mars, dans les mêmes locaux (ceux de la Sorbonne).
Par ailleurs, donc, une nouvelle date sur l'agenda : je présenterai (sous une forme restant à déterminer) la nouvelle édition du Communisme primitif... lors de l'Escale du livre de Bordeaux, qui aura lieu les 30 et 31 mars, ainsi que le 1er avril 2012.
Par ailleurs, donc, une nouvelle date sur l'agenda : je présenterai (sous une forme restant à déterminer) la nouvelle édition du Communisme primitif... lors de l'Escale du livre de Bordeaux, qui aura lieu les 30 et 31 mars, ainsi que le 1er avril 2012.
dimanche 30 octobre 2011
Un (petit) délai pour la deuxième édition
La deuxième édition du Communisme primitif n'est plus ce qu'il était, un temps envisagée pour début décembre, est maintenant prévue pour janvier 2012.
Il y a en effet pas mal de travail sur ce texte dont, je le répète, la forme a été profondément remaniée par rapport à la première version.
Il y a en effet pas mal de travail sur ce texte dont, je le répète, la forme a été profondément remaniée par rapport à la première version.
vendredi 21 octobre 2011
Un nouveau livre en préparation...
Parallèlement à la nouvelle édition du Communisme primitif n'est plus ce qu'il était, je suis en train de mettre la dernière main à un nouveau texte. Son titre provisoire (mais chacun sait que le provisoire devient volontiers définitif) :
Des riches et des pauvres, y en a pas toujours eu
Il s'agit d'un livre relativement court (à peine plus de 200 000 signes, soit quatre fois moins que le Communisme primitif) et surtout, qui se veut très accessible. Il essaye de présenter, grâce à de nombreux témoignages ethnographiques significatifs, parfois drôles ou émouvants, ce qu'ont pu être les sociétés égalitaires du passé, les premières inégalités, et les voies vers la constitution des classes sociales. Comme son titre l'indique, il est rédigé sous forme de dialogue (imaginaire ?) de l'auteur avec un interlocuteur qui joue le rôle du candide (mais candide n'est pas stupide !)
Le texte est actuellement en cours de finalisation, et il s'apprête incessamment à partir en quête d'un éditeur. À bon entendeur...
Des riches et des pauvres, y en a pas toujours eu
Conversations sur la naissance des inégalités et des classes sociales
Il s'agit d'un livre relativement court (à peine plus de 200 000 signes, soit quatre fois moins que le Communisme primitif) et surtout, qui se veut très accessible. Il essaye de présenter, grâce à de nombreux témoignages ethnographiques significatifs, parfois drôles ou émouvants, ce qu'ont pu être les sociétés égalitaires du passé, les premières inégalités, et les voies vers la constitution des classes sociales. Comme son titre l'indique, il est rédigé sous forme de dialogue (imaginaire ?) de l'auteur avec un interlocuteur qui joue le rôle du candide (mais candide n'est pas stupide !)
Le texte est actuellement en cours de finalisation, et il s'apprête incessamment à partir en quête d'un éditeur. À bon entendeur...
mercredi 19 octobre 2011
À propos d'Emmanuel Todd et de son Origine des systèmes familiaux
J'ai reçu le courrier suivant, sous forme d'un commentaire à l'un des posts. Il m'a semble plus justifié d'y consacrer un nouveau sujet :
Il faut être bien clair : je n'ai pas lu E. Todd. J'ai regardé quelques interviews, balayé internet à son sujet, et été feuilleter son (gros) livre, en particulier le premier chapitre. Mais tout ce que je peux en penser ne procède que d'une première impression. Ce n'est en aucun cas un avis motivé par une étude attentive.
La thèse essentielle de son dernier livre, telle qu'il la résume lui-même, est de partir à la recherche de la forme familiale originelle. Quête qu'il n'est pas le premier à entreprendre, puisque cette problématique occupa largement l'anthropologie de la fin du XIXe, avec des polémiques acharnées entre ceux qui arguaient de l'existence d'un stade de promiscuité primitive (Bachofen, Morgan) et ceux pour qui l'humanité des origines connaissait déjà (et uniquement) la cellule familiale actuelle, père - mère - enfant (Westermarck). C'est sans une hésitation que E. Todd se situe du côté des seconds. Soit.
J'ai été néanmoins un peu surpris de ses arguments : tout son ouvrage est en effet circonscrit aux sociétés historiques. La famille originelle et universelle qu'il prétend avoir débusquée, quand bien même le raisonnement serait valide, ne serait que la famille originelle des sociétés à écriture. Reste toute de même l'immense période qui les a précédées, connue sous le nom de préhistoire, et qui ne représente tout de même pas rien. Lors de son passage dans le journal d'Elise Lucet, E. Todd n'hésitait d'ailleurs pas à dire que la famille nucléaire (puisque c'est son nom) était déjà celle "de l'homme des cavernes", expression si surannée qu'elle laisse un peu coi quant au sérieux de l'intellectuel qui l'emploie de nos jours.
Sur ma faim, j'ai donc été feuilleter le premier chapitre de son livre, consacré aux recherches anthropologiques, et je n'ai vu (en diagonale, je le répète) qu'un résumé unilatéral, affirmant que l'anthropologie avait établi sans aucun doute possible depuis longtemps l'antériorité de la famille nucléaire. Vive Westermarck, Lowie et Radcliffe-Brown, et exit tous ceux qui ont pu, à un degré ou à un autre, contester cette vision totalement apologétique (j'en dis deux mots dans le livre, mais la prochaine édition comportera quelques phrases plus nettes à ce sujet). Aucun argument nouveau, aucun état même de la polémique et du débat scientifique depuis un siècle. On cite abondamment les chasseurs-cueilleurs "nucléaires" (pour la famille, pas pour l'énergie !) : Andamanais, Bushmen, et on "oublie" joyeusement tous les autres : les Australiens, qui étaient systématiquement polygames, les Inuits, dont la "famille" se permettait à peu près tous les péchés possibles vis-à-vis de la morale chrétienne, ceux d'Amazonie qui, mon Dieu, ne valaient guère mieux, etc. L'illusion est parfaite et le tour est joué. Circulez, y a rien à voir, et surtout pas ces horreurs telles que la polygynie, la polyandrie, les familles que nous dirions recomposées, etc., qui sont pourtant monnaie courante dans la plupart des sociétés primitives (sans parler d'études sur l'ADN qui établissent aujourd'hui une très forte présomption en faveur d'une large polygynie dans les sociétés du Paléolithique).
Pour le reste, j'ai cru comprendre que la thèse maîtresse d'E. Todd, qui fait hausser depuis des décennies les épaules de bien des spécialistes en géographie humaine, consiste à dire que la société est fondamentalement déterminée par sa forme familiale. Ce sont ainsi les formes de famille qui expliquent ici le vote pour tel ou tel parti, ailleurs la naissance du capitalisme ou ses difficultés d'implantation, etc. Une telle thèse me paraît tellement faible que j'ai du mal à croire qu'on puisse la défendre sérieusement.
En revanche, j'avoue ne pas savoir ce que dit E. Todd sur la naissance des inégalités... mais je suis naturellement prêt à poursuivre le dialogue avec qui voudra bien éclairer ma lanterne sur ce point (ou sur un autre) !
Bonjour,En fait, je n'ai que très récemment appris qui était Emmanuel Todd. C'est à l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage, l'origine des systèmes familiaux, qui lui a valu d'être invité dans maintes émissions télévisées ou radiophoniques, que j'ai découvert ce chercheur et ses principales thèses.
J'ai lu avec beaucoup d’intérêt ton livre.
As-tu un avis sur le dernier livre de todd ?
et la thèse qu'il y a derrière sur le fondement de l'inégalité ?
Merci de ta réponse
Bien cordialement
Caseira - www.vosstanie.org
Il faut être bien clair : je n'ai pas lu E. Todd. J'ai regardé quelques interviews, balayé internet à son sujet, et été feuilleter son (gros) livre, en particulier le premier chapitre. Mais tout ce que je peux en penser ne procède que d'une première impression. Ce n'est en aucun cas un avis motivé par une étude attentive.
La thèse essentielle de son dernier livre, telle qu'il la résume lui-même, est de partir à la recherche de la forme familiale originelle. Quête qu'il n'est pas le premier à entreprendre, puisque cette problématique occupa largement l'anthropologie de la fin du XIXe, avec des polémiques acharnées entre ceux qui arguaient de l'existence d'un stade de promiscuité primitive (Bachofen, Morgan) et ceux pour qui l'humanité des origines connaissait déjà (et uniquement) la cellule familiale actuelle, père - mère - enfant (Westermarck). C'est sans une hésitation que E. Todd se situe du côté des seconds. Soit.
J'ai été néanmoins un peu surpris de ses arguments : tout son ouvrage est en effet circonscrit aux sociétés historiques. La famille originelle et universelle qu'il prétend avoir débusquée, quand bien même le raisonnement serait valide, ne serait que la famille originelle des sociétés à écriture. Reste toute de même l'immense période qui les a précédées, connue sous le nom de préhistoire, et qui ne représente tout de même pas rien. Lors de son passage dans le journal d'Elise Lucet, E. Todd n'hésitait d'ailleurs pas à dire que la famille nucléaire (puisque c'est son nom) était déjà celle "de l'homme des cavernes", expression si surannée qu'elle laisse un peu coi quant au sérieux de l'intellectuel qui l'emploie de nos jours.
Sur ma faim, j'ai donc été feuilleter le premier chapitre de son livre, consacré aux recherches anthropologiques, et je n'ai vu (en diagonale, je le répète) qu'un résumé unilatéral, affirmant que l'anthropologie avait établi sans aucun doute possible depuis longtemps l'antériorité de la famille nucléaire. Vive Westermarck, Lowie et Radcliffe-Brown, et exit tous ceux qui ont pu, à un degré ou à un autre, contester cette vision totalement apologétique (j'en dis deux mots dans le livre, mais la prochaine édition comportera quelques phrases plus nettes à ce sujet). Aucun argument nouveau, aucun état même de la polémique et du débat scientifique depuis un siècle. On cite abondamment les chasseurs-cueilleurs "nucléaires" (pour la famille, pas pour l'énergie !) : Andamanais, Bushmen, et on "oublie" joyeusement tous les autres : les Australiens, qui étaient systématiquement polygames, les Inuits, dont la "famille" se permettait à peu près tous les péchés possibles vis-à-vis de la morale chrétienne, ceux d'Amazonie qui, mon Dieu, ne valaient guère mieux, etc. L'illusion est parfaite et le tour est joué. Circulez, y a rien à voir, et surtout pas ces horreurs telles que la polygynie, la polyandrie, les familles que nous dirions recomposées, etc., qui sont pourtant monnaie courante dans la plupart des sociétés primitives (sans parler d'études sur l'ADN qui établissent aujourd'hui une très forte présomption en faveur d'une large polygynie dans les sociétés du Paléolithique).
Pour le reste, j'ai cru comprendre que la thèse maîtresse d'E. Todd, qui fait hausser depuis des décennies les épaules de bien des spécialistes en géographie humaine, consiste à dire que la société est fondamentalement déterminée par sa forme familiale. Ce sont ainsi les formes de famille qui expliquent ici le vote pour tel ou tel parti, ailleurs la naissance du capitalisme ou ses difficultés d'implantation, etc. Une telle thèse me paraît tellement faible que j'ai du mal à croire qu'on puisse la défendre sérieusement.
En revanche, j'avoue ne pas savoir ce que dit E. Todd sur la naissance des inégalités... mais je suis naturellement prêt à poursuivre le dialogue avec qui voudra bien éclairer ma lanterne sur ce point (ou sur un autre) !
mardi 20 septembre 2011
Quelques informations sur la deuxième édition
Les choses se précisent en ce qui concernent la deuxième édition du livre.
Tout d'abord, les échéances : si tout se passe comme prévu, celle-ci devrait voir le jour début décembre. Cela dit, les impondérables étant ce qu'ils sont, il est toujours possible que cette date soit finalement réajustée dans un sens ou dans l'autre. En ce qui concerne les modifications qu'apportera cette nouvelle version, le plus simple est de reproduire ici le projet de préface à cette deuxième édition :
Se mesurer à un sujet aussi vaste et difficile qu’une actualisation marxiste de l’Origine de la famille... était une entreprise risquée ; téméraire, même, si l’on songe au fait que l’auteur ne peut se prévaloir d’aucune compétence professionnelle en anthropologie. Un peu moins de deux ans après sa publication, et malgré ses trop nombreuses faiblesses, l’ouvrage peut néanmoins se flatter d'avoir rencontré un certain écho auprès du public auquel il se destinait.
Les réactions des lecteurs, leurs remarques, leurs questions et leurs critiques, en plus de mes propres lectures et réflexions, m’ont persuadé sans peine d'en amender notablement le texte à l’occasion de cette seconde édition.
La modification la plus visible a consisté à inverser l'ordre des deux parties principales, renvoyant ainsi en appendice final les chapitres consacrés aux questions de parenté, par lesquels s'ouvrait le texte initial. Avec le recul, je me demande bien comment je n’ai pas pensé plus tôt à cette architecture, tant elle me semble aujourd’hui aller de soi. Cette partie occupe une place mineure dans le propos de l’ouvrage ; et dès la première édition, son aridité, qui avait de quoi rebuter plus d’une bonne volonté, m’avait paru suffisamment évidente pour que l'introduction conseille au lecteur désemparé de la sauter purement et simplement. Cet avertissement est donc devenu superflu. L'ouvrage pourra dorénavant être sereinement commencé par son commencement, et par ce qui constitue son sujet principal : la condition des femmes.
Pour être plus discrets, les autres changements ont en réalité souvent été les plus importants. Certains relèvent certes de pures questions de forme, évacuant un développement jugé superflu, raccourcissant une énumération inutilement longue, ajoutant un exemple plus significatif ; de nombreux autres, en revanche, ont touché au fond. J'ai ainsi modifié ici une formulation insatisfaisante, apporté là une nuance ou un raisonnement nouveaux et, je l’avoue bien volontiers, corrigé quelques erreurs factuelles. De nouvelles lectures m’ont convaincu de remodeler certains passages de fond en comble. Plus que tout autre, l’ensemble australien a mobilisé mon énergie : les insuffisances des pages qui lui étaient consacrées ont motivé leur réécriture complète.
Sans modifier les thèses essentielles du texte et les arguments sur lesquels elles s’appuient, cette nouvelle édition se présente donc dans des habits neufs ; pour paraphraser le poète, le livre n'est désormais ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. J'ai fait de mon mieux pour le rendre tout à la fois plus exact, plus riche (le nombre de références bibliographiques a presque doublé) et plus accessible que la version initiale. Il ne me reste plus qu’à faire le vœu que cette opinion sera partagée par ceux qui me feront l’honneur de s’intéresser à ces lignes.
samedi 3 septembre 2011
Le communisme primitif n'est plus... disponible !
En effet, un peu moins de deux ans après sa parution, le livre est dorénavant épuisé.
Il va de soi que, même si le tirage était relativement modeste, je ne boude pas mon plaisir. Vu son épaisseur, son sujet et l'absence presque totale de publicité, ce résultat laisse penser que le bouche-à-oreille n'a pas été trop mauvais.
Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, cet état de choses ne devrait toutefois pas durer trop longtemps, puisqu'une seconde édition est d'ores et déjà en préparation.
Sans dévoiler de secrets éditoriaux, je peux tout de même révéler qu'elle comportera de nombreuses modifications par rapport à la première version. La thèse fondamentale restera la même ! Mais sur la base des différentes réactions des lecteurs, des discussions que j'ai pu avoir avec eux et de mes nouvelles lectures, le texte a largement fait peau neuve.
Bientôt des informations supplémentaires à ce sujet sur ce blog !
Il va de soi que, même si le tirage était relativement modeste, je ne boude pas mon plaisir. Vu son épaisseur, son sujet et l'absence presque totale de publicité, ce résultat laisse penser que le bouche-à-oreille n'a pas été trop mauvais.
Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, cet état de choses ne devrait toutefois pas durer trop longtemps, puisqu'une seconde édition est d'ores et déjà en préparation.
Sans dévoiler de secrets éditoriaux, je peux tout de même révéler qu'elle comportera de nombreuses modifications par rapport à la première version. La thèse fondamentale restera la même ! Mais sur la base des différentes réactions des lecteurs, des discussions que j'ai pu avoir avec eux et de mes nouvelles lectures, le texte a largement fait peau neuve.
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