samedi 3 novembre 2012

Une critique du Communisme primitif..., sur le site du Courant Communiste International

Rédigé au mois d'août, un article fort détaillé, même si contraiement à ce qu'indique son titre, il ne porte finalement qu'assez peu sur mon livre : À propos du livre « le communisme primitif n'est plus ce qu'il était »


Je ne peux évidemment répondre ici à tous les arguments (ou épithètes parfois peu amènes) avancés par le rédacteur, mais il est au moins un premier aspect sur lequel je peux donner quelques éléments : celui du choix des sources marxistes. Mon critique semble croire que le critère qui y a présidé était celui du degré d'implication, réel ou supposé, des différents auteurs dans le combat féministe de leur époque. Mais ce n'est absolument pas le cas. Si j'ai discuté de manière relativement détaillée des livres d'Evelyn Reed et d'Alexandra Kollontaï, chose qui m'est reprochée, c'est tout simplement parce que sur la question de l'origine de l'oppression des femmes, ces deux œuvres ont été, de loin, les tentatives les plus célèbres pour renouveler le travail d'Engels d'un point de vue qui se voulait marxiste. Quant à R. Luxemburg, le fait que je ne lui aie consacré guère plus qu'une allusion ne doit rien à un quelconque mépris pour ses élaborations théoriques ou pour sa stature militante. Cela tient tout simplement au fait qu'elle n'a (à ma connaissance) presque rien écrit sur le sujet qui était le mien - je le répète, non le communisme primitif en général, mais l'explication matérialiste de l'histoire (surtout, de la préhistoire) des rapports entre les sexes. En ce qui concerne les livres de Kautsky et de Pannekoek que mentionne mon critique, j'avoue bien humblement ne jamais en avoir entendu parler. Mais je ne manquerai pas d'y jeter un œil curieux à la première occasion (mon critique aurait d'ailleurs pu aiguiser cette curiosité en mentionnant en quoi ces deux livres contenaient des apports essentiels sur la question des rapports entre les sexes dans les sociétés primitives).

En ce qui concerne Lévi-Strauss, j'ai la ferme conviction que ses apports, en plus d'être largement surévalués, sont en filigranes ou explicitement des attaques contre le marxisme, et que celui-ci n'a guère à apprendre de son oeuvre. Je suis toutefois prêt à reconnaître que la place que lui consacrait mon premier texte était un peu trop succincte, et c'est pourquoi la deuxième édition consacre quelques lignes de plus (mais pas davantage !) à présenter et critiquer ses positions.

Reste le cas de Chris Knight, sur le livre duquel le rédacteur de l'article est manifestement plus enthousiaste que moi. Si je ne lui ai pas consacré plus d'une page, c'est pour deux raisons. D'abord, parce que Knight est quasi-inconnu des lecteurs français. Son travail, long de 800 pages, n'a jamais été traduit. Mais aussi, et surtout, sur le fond, ainsi que l'article le relève très justement, mon propre travail s'arrête précisément là où celui de Knight commence (et réciproquement). Pour dire les choses avec plus de netteté, le sujet de nos recherches était différent, même si sur un point, à la marge, en quelque sorte, elles se recouvraient.

En ce qui concerne la situation des femmes dans les sociétés primitives, j'ai fait de mon mieux pour présenter un tableau complet et fidèle des faits observables, pour séparer ce qui relève du fantasme de la réalité, pour relever les éléments périmés des conceptions d'Engels, et pour proposer une grille de lecture marxiste (je n'ose dire une théorie) éclairant à la fois la manière dont le problème se pose dans ces sociétés et dans la nôtre. L'élément central m'a paru être la division sexuelle du travail, dont le livre étudie avant tout les conséquences - il est d'ailleurs dommage que la critique ne pipe mot de ce point, qui constitue l'épine dorsale de mon bouquin [EDIT : Je m'aperçois que le texte se termine par un laconique "à suivre...", qui suggère que l'auteur compte entrer dans le vif du sujet dans un texte ultérieur. J'en serai fort heureux, parce que là, finalement, le texte dit beaucoup de choses sur beaucoup de sujets, gratifie au passage mon travail de plusieurs qualificatifs pas toujours élogieux, mais on sort de cette longue lecture sans rien savoir du fond de ce que j'y ai écrit]. Je ne pouvais éviter, bien sûr, de dire quelques mots sur les causes et l'origine de cette division sexuelle du travail : mais je crois qu'on dispose de si peu d'éléments pour les identifier que toute affirmation un tant soit peu précise me semble relever de la spéculation. Et j'ai bien peur que l'ouvrage de Knight s'expose à ce grief.

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