mercredi 23 janvier 2013

James Morill, le Narcisse Pelletier anglais

En lisant l'introduction de Stephanie Anderson (voir ce post) à la traduction anglaise du récit de Narcisse Pelletier, je découvre l'existence d'un autre personnage au sort comparable.

James Morill, ou Murrels (1824-1865) était lui aussi un marin naufragé, et fut lui aussi recueilli par les Aborigènes du Queensland (la province située au nord-est du continent). Coïncidence étonnante, la durée de son exil forcé (17 ans) fut la même que celle de Pelletier, et les dates (de 1846 à 1863), se recouvrent largement - Ils avaient toutefois fort peu de chances de se croiser, Morill ayant vécu dans la région du Mont Elliott, soit des centaines de kilomètres plus au sud que Pelletier.

Les souvenirs de Morill forment un texte court, paru en 1863 sous le titre de Sketch of a Residence among the Aborigines of Northern Queensland for Seventeen Years - Being a Narrative of my Life, Shipwreck, Landing on the Coast, Residence among the Aboriginals, With an Account on their Manners and Customs, and Mode of Living (Séjour parmi les Aborigènes du Queensland du Nord durant dix-sept ans - un récit de ma vie, de mon naufrage, de mon échouage sur la côte, de mon séjour parmi les Aborigènes, avec une description de leurs pratiques et de leurs coutumes, et de leur mode de vie).

Le texte est disponible en ligne, au format pdf (en anglais, ). 

Par la force des choses (il ne fait que 25 pages, dont la moitié consacrée aux évènements eux-mêmes), il ne donne pas énormément de détails sur la vie sociale des Aborigènes. Il contient toutefois plusieurs observations très intéressantes sur la guerre, les rapports entre les sexes, ou encore l'initiation des jeunes gens.

On apprend ainsi pêle-mêle (et entre autres) que :
  • « les femmes ont très peu d'enfants, rarement plus de quatre, et très rarement plus d'un à la fois » (p. 17-18), un fait à mettre en rapport avec la grande mobilité de ces populations. 
  • « Les hommes ont plusieurs femmes, - dans quelque cas, jusqu'à huit ou neuf - et c'est à propos de leurs femmes que surviennent toutes leurs guerres, leurs conflits et leurs vengeances ; ils se les volent les uns aux autres et les prêtent fréquemment, ou les vendent provisoirement (sic) pour une somme modique. » (p. 18). 
  • « Ils n'ont pas de chefs - le plus fort est le meilleur » (p. 18)
  • « Ils mangent les jeunes hommes tués au combat, ou, s'il sont décédés de mort accidentelle, également les jeunes femmes et les enfants, mais jamais ceux de leur ennemis. Ils découpent leurs ennemis en bandes, les font sécher et distribuent les morceaux parmi la tribu, un moyen par lequel ils pensent qu'ils ajoutent la force des ennemis à la leur, et qu'ils connaîtront le succès à la chasse et à la pêche. » (p. 20)
  • Après les cérémonie d'initiation, qui se déroulent « environ tous les six ans » (p. 22), « Ils volent les femmes des vieux et des faibles, et les filles à leurs parents, ce qui entraîne des combats, qui s'étendent souvent à deux tribus, et là éclate une guerre qui n'est pas, cependant, de nature très sanguinaire. Ils reçoivent souvent de terribles coups et parfois, l'un d'entre eux est tué. » (p. 23).



1 commentaire :

  1. Bonjour Christophe
    Vos lecteurs pourraient s’intéresser à un lien français avec l’histoire, incroyable elle aussi, du naufragé James Morrill. Après son retour dans la société coloniale, Morrill fait la connaissance d’un immigré d’origine français, Anthelme Thozet (1830-1878). Thozet, entre autres métiers, fut botaniste. Il résida à Rockhampton, étant l’un des fondateurs du beau jardin des plantes de la ville. Il envoyait régulièrement des spécimens de plantes et d’insectes australiens aux grandes expositions internationales en France et ailleurs, il était en correspondance avec le botaniste célèbre Ferdinand von Mueller. Thozet publia un article sur l’emploi de plantes par les Aborigènes basé sur les renseignements que Morrill lui a communiqués : “Notes on some of the roots, tubers, bulbs, and fruits, used as vegetable food by the Aboriginals of Northern Queensland, Australia”, Rockhampton [Qld.] : Printed by W.H. Buzacott, “Bulletin” Office, 1866, 20 p. (National Library of Australia).
    On peut savoir plus sur ce Français en exil politique en Australie, commémoré de nos jours à Rockhampton, en consultant le site web qu’on lui a dédié :
    www.thozet.com
    Cordialement
    Stephanie Anderson

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